08 mars 2009
Ce n'est qu'un Adieu
C'est la dernière fois que nous voyons Charlie.
Dans cette sombre salle il y a comme un lit
Sur lequel il s'étend, dans la fumée, la brume,
Des bougies, de l'encens et son plus beau costume.
Charlie dort donc à vie comme il faisait la nuit,
De peur d'importuner nous bannissons le bruit,
J'attends l'instant étrange où dans un grand sursaut,
Il tuera le silence en clamant que c'est faux.
Mais rien n'arrive ici, Charlie reste figé,
A moitié sous nos yeux et ce voile léger,
Et aussi autre part, là où les âmes vont,
Un lieu de rendez-vous où nous nous reverront.
Un homme en noir nous dit qu'il est temps d'en finir,
De refermer ce livre lassé de s'écrire.
Un peu d'eau, quelques signes et du bois poli
Ne sont pas nos ultimes égards à Charlie.
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24 janvier 2009
Veillée Contemporaine

Les ampoules des réverbères reflétaient
Leur lumière à la surface des trottoirs
Que l'humidité de cette nuit détrempait
Et changeaient les caniveaux en de longs miroirs.
A l'entrée du tunnel qui s'élevait ici,
Gisaient les ombres d'un écriteau bleu satin.
Sur la blanche faïence on distinguait ainsi
L'emblème et le doux nom du Métropolitain.
On pouvait entrevoir au-delà d'une grille
En fer forgé ou en acier trempé, qu'importe,
Des tickets multicolores comme des billes,
Voletant dans le vent comme des feuilles mortes.
Au bord de la chaussée limitée à cinquante,
Un clochard s'était mis à l'abri du froid,
Ronflant sous un tissu qui lui servait de tente
Et avec lui son chien qui crevait dans ses bras.
La concierge d'un bâtiment avoisinant
Avait sorti plusieurs poubelles métalliques
Desquelles s'exhalaient des parfums répugnants
Et d'où s'envolaient des nuées de sacs plastiques.
Lever de soleil sur le toit des grands immeubles ;
Paris s'éveille et la station de métro rouvre.
Sur le trottoir : deux cadavres et des vieux meubles,
De l'asphalte abîmé que l'eau souillée recouvre.
SHAD ©
04 janvier 2009
Monsieur Tout-le-monde

Il était un homme
Souffrant d'une phobie
Qui ne concernait ni les fantômes
Ni les souris.
Son plus grand effroi
Était d'être différent,
D'être montré du doigt
Par les intolérants.
Il voulait à tout prix
Faire partie des majorités
Pour ne pas être pris
Pour un excité.
Il pensait comme les autres,
Vivait comme vous et moi,
Était toujours "des nôtres"
Et adorait le Roi.
Un matin, en lisant
Une revue scientifique,
Notre homme bien-pensant
Lut une chose dramatique :
"Depuis que l'humanité existe,
Cent milliards d'humains ont péri,
Tandis qu'aujourd'hui ne subsistent
Que six milliards de gens en vie."
"Non ! Crénom !" cria l'homme,
Qui refusant d'être d'une telle minorité
Saisit son vieux magnum
Et rejoignit le clan des suicidés.
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Inceste Animal
Guenon, ma guenon,
Je t'aime comme ma fille.
Demain nous ferons
Toi guenon moi gorille.
Tes yeux pleins d'innocence
S'ouvriront bien grands
Pour développer tes sens
A chaque mouvement.
Guenon, ma guenon,
Dans ton anatomie humaine
Je serai l'homme-canon
Et toi la femme-hymen.
Je frôlerai de ma main
Les composants de ton pelage
Pour ouvrir le chemin
A mes instruments volages.
Guenon, ma guenon,
Sans gémissement en somme
Tu verras qu'il est bon
D'être proche de l'Homme.
Toi qui n'as connu
Ces plaisirs naturels
Demain me verras nu
Moi singe et toi pucelle.
Guenon, ma guenon,
Tes mains d'enfant agile
Un instant glisseront
Vers ta proie si fragile.
Toi qui pourrais brusquement
Me briser le squelette
Reste sage et moi prudent
Que notre joie soit complète.
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28 décembre 2008
Mourir Comment

Mourir un lundi
Comme le début d'autre chose
Mourir sous la pluie
Pour faire éclore les roses
Mourir en hiver,
En osmose avec le froid
Mourir solitaire
Pour n'abandonner que soi.
Mourir en Mercedes
Au milieu des beaux quartiers
Mourir en princesse
Pour préserver sa beauté
Mourir dans la rue
Sous le regard des passants
Mourir le corps nu
Pour n'y laisser que son sang.
Mourir avant l'heure
Se montrer extravagant
Mourir comme on meurt
Pour complaire à un parent.
Mourir en bohème
Et rire encore de tout
Écrire un poème
Pour ne pas mourir du tout.
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Des Odeurs

Il a plu sur les cailloux
Et c'est toujours la même histoire :
Dans les jardins et partout,
Les odeurs ont une heure de gloire.
Je me revois en enfance,
Dehors les cailloux sont mouillés,
Au loin un chat noir avance,
Sous la pluie, d'un air chatouillé.
L'herbe vient d'être coupée
Et c'est toujours la même histoire :
Dans les parcs et dans les prés,
L'odeur s'extrait de ma mémoire.
Je revois au Champs de Mars,
Un rêveur assis sur un banc,
Qui s'inspire de la masse
Pour la décrire en noir sur blanc.
Halte à la Station Essence
Et c'est toujours la même histoire :
La route dans les deux sens
Est embaumée de l'aube au soir.
Je nous revois, un été,
Nous disputant sur l'autoroute,
Toi stoppant la cylindrée,
Moi lâché là avec mes doutes.
Vacances en bords de mer
Et c'est encore la même histoire :
Des effluves dans les airs
Laissent un passé s'entrevoir.
Je revois la marée basse
Sur une plage de Bretagne,
La mer nous cédant sa place
Et mes souvenirs qui s'éloignent.
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26 décembre 2008
Je Pense à Tout
Ce matin en quittant la maison,
J'ai pensé à toi.
Lorsque j'ai déchiré mon blouson,
J'ai pensé à toi.
Au volant de la vieille voiture,
J'ai pensé à toi.
Et au moment d'ôter ma ceinture,
Encore une fois.
Dans les couloirs de chez Citroën,
J'ai pensé à toi.
Pendant tout mon travail à la chaîne,
J'ai pensé à toi.
A la pause de midi à table,
J'ai pensé à toi.
Face à une veuve inconsolable,
Toujours rien qu'à toi.
Quand le directeur était furieux,
J'ai pensé à toi.
Quand juste après il m'a dit adieu,
J'ai pensé à toi.
L'après-midi devant la télé,
J'ai pensé à toi.
Au moment où Charlot a parlé,
De nouveau à toi.
Au supermarché rayon légumes,
J'ai pensé à toi.
En longeant cette usine qui fume,
J'ai pensé à toi.
Devant mon écran d'ordinateur,
J'ai pensé à toi.
Puis en rentrant de chez le coiffeur,
Ça n'arrêtait pas.
Nous nous sommes retrouvés le soir.
Nous nous sommes plongés dans le noir.
Nous avons jonché le matelas.
Nos lèvres se sont collées. Et là...
J'ai pensé à la maison,
A ce trou dans mon blouson,
J'ai pensé à la voiture,
Qu'il faut mettre sa ceinture,
J'ai pensé à Citroën,
A ce travail à la chaîne,
Où mon chef était furieux,
Après j'ai pensé à Dieu,
Puis j'ai pensé à la table,
A la veuve inconsolable,
J'ai pensé à la télé,
J'ai revu Charlot parler,
J'ai pensé à ces légumes,
A cette usine qui fume,
A l'écran d'ordinateur,
J'ai pensé à mon coiffeur,...
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(illustration : ©Cosmo_boy)
06 décembre 2008
Entracte

Je suis le silence,
Le court et l'immense,
Celui que l'on tue.
Le son des statues.
Fragile à l'excès,
Précieux et fluet,
La pluie me déchire.
Sous le vent j'expire.
Je suis enfant Roi,
N'ayez peur de moi,
Puisque je vous panse.
Je suis le silence.
SHAD ©
(illustration : ©Cosmo_boy)
05 décembre 2008
Déréliction

Cette nuit
Nous étions épris,
Nous nous serrions dans les bras.
Quand je suis
Sorti de mon lit,
Là ton image sombra.
Dans ma vie
J'ai beaucoup aimé,
Croyant à ma plénitude.
A minuit
La mort m'a frappé,
Là j'ai vu ma solitude.
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02 décembre 2008
Le Coquecigrue

Dans une démarche maladroite,
Tu oscilles sur deux longues pattes
Et vis parmi nous comme un intrus.
"Oh doux Jésus ! Un coquecigrue !"
Les ailes beiges collées au corps,
Le bec en cuivre et les yeux en or,
Coquecigrue, d'apparence étrange,
Dont la présence incongrue dérange.
Ton vol inélégant est unique,
Bien plus effrayant que ta tunique.
Mais si ton ramage est un fléau,
Ton plumage n'en est pas plus beau.
D'aucuns te pointeront de leur doigt,
"Qu'il est vilain !" dira-t-on de toi,
Toi qui n'aurais pas assez de plumes
Pour pointer toute leur amertume.
Au chant du coq, ta tête de cygne
Sera ma légion et mon insigne,
Je ferai de ta crête un diadème,
Puisque moi, coquecigrue, je t'aime.
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