24 janvier 2009
Veillée Contemporaine

Les ampoules des réverbères reflétaient
Leur lumière à la surface des trottoirs
Que l'humidité de cette nuit détrempait
Et changeaient les caniveaux en de longs miroirs.
A l'entrée du tunnel qui s'élevait ici,
Gisaient les ombres d'un écriteau bleu satin.
Sur la blanche faïence on distinguait ainsi
L'emblème et le doux nom du Métropolitain.
On pouvait entrevoir au-delà d'une grille
En fer forgé ou en acier trempé, qu'importe,
Des tickets multicolores comme des billes,
Voletant dans le vent comme des feuilles mortes.
Au bord de la chaussée limitée à cinquante,
Un clochard s'était mis à l'abri du froid,
Ronflant sous un tissu qui lui servait de tente
Et avec lui son chien qui crevait dans ses bras.
La concierge d'un bâtiment avoisinant
Avait sorti plusieurs poubelles métalliques
Desquelles s'exhalaient des parfums répugnants
Et d'où s'envolaient des nuées de sacs plastiques.
Lever de soleil sur le toit des grands immeubles ;
Paris s'éveille et la station de métro rouvre.
Sur le trottoir : deux cadavres et des vieux meubles,
De l'asphalte abîmé que l'eau souillée recouvre.
SHAD ©
04 janvier 2009
Monsieur Tout-le-monde

Il était un homme
Souffrant d'une phobie
Qui ne concernait ni les fantômes
Ni les souris.
Son plus grand effroi
Était d'être différent,
D'être montré du doigt
Par les intolérants.
Il voulait à tout prix
Faire partie des majorités
Pour ne pas être pris
Pour un excité.
Il pensait comme les autres,
Vivait comme vous et moi,
Était toujours "des nôtres"
Et adorait le Roi.
Un matin, en lisant
Une revue scientifique,
Notre homme bien-pensant
Lut une chose dramatique :
"Depuis que l'humanité existe,
Cent milliards d'humains ont péri,
Tandis qu'aujourd'hui ne subsistent
Que six milliards de gens en vie."
"Non ! Crénom !" cria l'homme,
Qui refusant d'être d'une telle minorité
Saisit son vieux magnum
Et rejoignit le clan des suicidés.
SHAD ©
Inceste Animal
Guenon, ma guenon,
Je t'aime comme ma fille.
Demain nous ferons
Toi guenon moi gorille.
Tes yeux pleins d'innocence
S'ouvriront bien grands
Pour développer tes sens
A chaque mouvement.
Guenon, ma guenon,
Dans ton anatomie humaine
Je serai l'homme-canon
Et toi la femme-hymen.
Je frôlerai de ma main
Les composants de ton pelage
Pour ouvrir le chemin
A mes instruments volages.
Guenon, ma guenon,
Sans gémissement en somme
Tu verras qu'il est bon
D'être proche de l'Homme.
Toi qui n'as connu
Ces plaisirs naturels
Demain me verras nu
Moi singe et toi pucelle.
Guenon, ma guenon,
Tes mains d'enfant agile
Un instant glisseront
Vers ta proie si fragile.
Toi qui pourrais brusquement
Me briser le squelette
Reste sage et moi prudent
Que notre joie soit complète.
SHAD ©

