28 décembre 2008
Mourir Comment

Mourir un lundi
Comme le début d'autre chose
Mourir sous la pluie
Pour faire éclore les roses
Mourir en hiver,
En osmose avec le froid
Mourir solitaire
Pour n'abandonner que soi.
Mourir en Mercedes
Au milieu des beaux quartiers
Mourir en princesse
Pour préserver sa beauté
Mourir dans la rue
Sous le regard des passants
Mourir le corps nu
Pour n'y laisser que son sang.
Mourir avant l'heure
Se montrer extravagant
Mourir comme on meurt
Pour complaire à un parent.
Mourir en bohème
Et rire encore de tout
Écrire un poème
Pour ne pas mourir du tout.
SHAD ©
Des Odeurs

Il a plu sur les cailloux
Et c'est toujours la même histoire :
Dans les jardins et partout,
Les odeurs ont une heure de gloire.
Je me revois en enfance,
Dehors les cailloux sont mouillés,
Au loin un chat noir avance,
Sous la pluie, d'un air chatouillé.
L'herbe vient d'être coupée
Et c'est toujours la même histoire :
Dans les parcs et dans les prés,
L'odeur s'extrait de ma mémoire.
Je revois au Champs de Mars,
Un rêveur assis sur un banc,
Qui s'inspire de la masse
Pour la décrire en noir sur blanc.
Halte à la Station Essence
Et c'est toujours la même histoire :
La route dans les deux sens
Est embaumée de l'aube au soir.
Je nous revois, un été,
Nous disputant sur l'autoroute,
Toi stoppant la cylindrée,
Moi lâché là avec mes doutes.
Vacances en bords de mer
Et c'est encore la même histoire :
Des effluves dans les airs
Laissent un passé s'entrevoir.
Je revois la marée basse
Sur une plage de Bretagne,
La mer nous cédant sa place
Et mes souvenirs qui s'éloignent.
SHAD ©
26 décembre 2008
Je Pense à Tout
Ce matin en quittant la maison,
J'ai pensé à toi.
Lorsque j'ai déchiré mon blouson,
J'ai pensé à toi.
Au volant de la vieille voiture,
J'ai pensé à toi.
Et au moment d'ôter ma ceinture,
Encore une fois.
Dans les couloirs de chez Citroën,
J'ai pensé à toi.
Pendant tout mon travail à la chaîne,
J'ai pensé à toi.
A la pause de midi à table,
J'ai pensé à toi.
Face à une veuve inconsolable,
Toujours rien qu'à toi.
Quand le directeur était furieux,
J'ai pensé à toi.
Quand juste après il m'a dit adieu,
J'ai pensé à toi.
L'après-midi devant la télé,
J'ai pensé à toi.
Au moment où Charlot a parlé,
De nouveau à toi.
Au supermarché rayon légumes,
J'ai pensé à toi.
En longeant cette usine qui fume,
J'ai pensé à toi.
Devant mon écran d'ordinateur,
J'ai pensé à toi.
Puis en rentrant de chez le coiffeur,
Ça n'arrêtait pas.
Nous nous sommes retrouvés le soir.
Nous nous sommes plongés dans le noir.
Nous avons jonché le matelas.
Nos lèvres se sont collées. Et là...
J'ai pensé à la maison,
A ce trou dans mon blouson,
J'ai pensé à la voiture,
Qu'il faut mettre sa ceinture,
J'ai pensé à Citroën,
A ce travail à la chaîne,
Où mon chef était furieux,
Après j'ai pensé à Dieu,
Puis j'ai pensé à la table,
A la veuve inconsolable,
J'ai pensé à la télé,
J'ai revu Charlot parler,
J'ai pensé à ces légumes,
A cette usine qui fume,
A l'écran d'ordinateur,
J'ai pensé à mon coiffeur,...
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(illustration : ©Cosmo_boy)
06 décembre 2008
Entracte

Je suis le silence,
Le court et l'immense,
Celui que l'on tue.
Le son des statues.
Fragile à l'excès,
Précieux et fluet,
La pluie me déchire.
Sous le vent j'expire.
Je suis enfant Roi,
N'ayez peur de moi,
Puisque je vous panse.
Je suis le silence.
SHAD ©
(illustration : ©Cosmo_boy)
05 décembre 2008
Déréliction

Cette nuit
Nous étions épris,
Nous nous serrions dans les bras.
Quand je suis
Sorti de mon lit,
Là ton image sombra.
Dans ma vie
J'ai beaucoup aimé,
Croyant à ma plénitude.
A minuit
La mort m'a frappé,
Là j'ai vu ma solitude.
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02 décembre 2008
Le Coquecigrue

Dans une démarche maladroite,
Tu oscilles sur deux longues pattes
Et vis parmi nous comme un intrus.
"Oh doux Jésus ! Un coquecigrue !"
Les ailes beiges collées au corps,
Le bec en cuivre et les yeux en or,
Coquecigrue, d'apparence étrange,
Dont la présence incongrue dérange.
Ton vol inélégant est unique,
Bien plus effrayant que ta tunique.
Mais si ton ramage est un fléau,
Ton plumage n'en est pas plus beau.
D'aucuns te pointeront de leur doigt,
"Qu'il est vilain !" dira-t-on de toi,
Toi qui n'aurais pas assez de plumes
Pour pointer toute leur amertume.
Au chant du coq, ta tête de cygne
Sera ma légion et mon insigne,
Je ferai de ta crête un diadème,
Puisque moi, coquecigrue, je t'aime.
SHAD ©

