23 mai 2009
Mon Bip Bip Friend
Au moindre coup de blues,
L'humeur dans les shoes,
J'exige un exil en week-end
Avec mon bip bip friend.
C'est une espèce de chose,
Entre le cactus et la rose,
La bulle et la roche,
Le beau et le moche.
Dès qu'il me rejoint,
Nous faisons tout un foin,
Autour de nos bêtises
Que rien ne poétise.
C'est une espèce de truc,
Entre la chouette et le grand-duc,
Le silence et le bruit,
Le légume et le fruit.
Mon bip bip friend est infidèle
Et sa vertu n'est pas bien belle,
Mais quand j'ai besoin de lui,
Il se montre très gentil.
C'est une espèce de bidule,
Entre l'espace et la cellule,
Le monstre et la miss,
Le CRS et l'actrice.
Quand sa montre fait bip bip,
Il sombre dans un trip
Qui l'emmène en des endroits
Que je ne citerai pas.
C'est une espèce de machin,
Entre le moine et l'assassin,
Le papier calque et l'or,
Le cyanure et le chlore.
Juste avant qu'il ne s'enfuie,
Je lui dit déjà merci,
Mon bip bip friend me rend heureux
Car ce qu'on fait se fait à deux.
SHAD ©
24 avril 2009
L'Homme Statue

Sur le grand parvis de Notre-Dame,
Il est un homme qui se condamne
A vivre tout au long de l'année,
Debout figé de la tête aux pieds.
A chaque jour un nouveau costume,
Hier un indien avec des plumes,
Ce matin dictateur et Chaplin,
Puis demain ce sera Marilyn.
Des passants lui donnent quelques pièces
Pour enfin voir s'agiter Ramsès.
Pour un déhanchement d'Elvis gros,
On va jusqu'à donner dix euros.
Journée finie, dîner en famille,
Il raconte à sa femme, à ses filles,
"Aujourd'hui j'étais Serge Gainsbourg...
Sa veuve n'a pas aimé mon tour."
SHAD ©
23 avril 2009
Les Histoires Vécues

J'ai vu, j'ai perdu,
Les amours déchues,
Les baisers volés,
Que j'ai oubliés.
D'émois en bévues,
D'espoir à déçu,
J'ai tout enrôlé,
Pourtant j'ai aimé.
Arrivant le soir,
Le coeur quelque part,
J'ai revu ma vie,
J'ai dormi, j'ai ri.
Une nuit, un phare,
J'ai compris l'histoire,
L'histoire finie :
J'ai aimé, j'ai fui.
SHAD ©
04 avril 2009
Papauté
Au pied d'un arbre cruciforme auréolé,
On se met à genoux sur un sol médiéval,
Derrière d'admirables vitraux colorés,
On prie que la quête soit d'au moins cinq cent balles.
Au revers des vitrines et d'un air guindé,
Un vieillard se fond parmi la foule qui l'aime,
Des fidèles qui se fient à ces vitres blindées,
Et plus encore il me semble qu'à Dieu lui-même.
Dans ces lieux où sont bannis les discours lascifs,
Quelques gens murmurent "Je vous salue Marie",
Mais leurs implorations décorées d'or massif,
Sont parfois converties en des saluts nazis.
Sur beaucoup de choses chacun fait une croix,
On sacrifie sa vie pour deux trois crucifix,
On métamorphose, on s'embible et dans ce froid,
On dirait que la mort nous fait bien plus envie.
Les orgues crachent une musique d'enfer,
Jusqu'au delà des limites du Vatican,
Faisant fuir de l'Eglise, et des soeurs et des frères,
Qui se mettent à l'abri de ce ciel clinquant.
SHAD ©
08 mars 2009
Paradis

Je voudrai tant qu'on me décrive
Ce qu'il y a d'original
De l'autre côté de la rive,
La destination post-finale.
Des animaux y vivent-ils ?
Sont-ils pareils à ceux d'ici ?
Dans le ciel bleu, des volatiles ?
Et les fleuves ont-ils noirci ?
Des rêveurs y écrivent-ils ?
A quoi ressemblent leurs crayons ?
Et le soleil y brûle-t-il ?
Y répand-t-il ses chauds rayons ?
L'hiver, va-t-on à la montagne ?
La neige est-elle froide et blanche ?
Va-t-on parfois à la campagne ?
Eglise et messe le dimanche ?
Des bus amènent-ils aussi
Des voyageurs vers des arrêts ?
Lisent-ils une fois assis
Des chefs-d'oeuvre sur Dorian Gray ?
Des enfants jouent-ils au ballon ?
Et l'envoient-ils chez leur voisin ?
Y est-on roux, ou brun, ou blond ?
Ressemble-t-on à son cousin ?
Ecoute-t-on de la musique ?
Quand est-on vraiment endormi ?
En monarchie ou république ?
Le temps, toujours cet ennemi ?
Y voit-on ce que font les "autres" ?
La mort y est-elle tabou ?
Et puis ceux qui furent des notres,
Même loin, pensent-ils à nous ?
SHAD ©
Ce n'est qu'un Adieu
C'est la dernière fois que nous voyons Charlie.
Dans cette sombre salle il y a comme un lit
Sur lequel il s'étend, dans la fumée, la brume,
Des bougies, de l'encens et son plus beau costume.
Charlie dort donc à vie comme il faisait la nuit,
De peur d'importuner nous bannissons le bruit,
J'attends l'instant étrange où dans un grand sursaut,
Il tuera le silence en clamant que c'est faux.
Mais rien n'arrive ici, Charlie reste figé,
A moitié sous nos yeux et ce voile léger,
Et aussi autre part, là où les âmes vont,
Un lieu de rendez-vous où nous nous reverront.
Un homme en noir nous dit qu'il est temps d'en finir,
De refermer ce livre lassé de s'écrire.
Un peu d'eau, quelques signes et du bois poli
Ne sont pas nos ultimes égards à Charlie.
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24 janvier 2009
Veillée Contemporaine

Les ampoules des réverbères reflétaient
Leur lumière à la surface des trottoirs
Que l'humidité de cette nuit détrempait
Et changeaient les caniveaux en de longs miroirs.
A l'entrée du tunnel qui s'élevait ici,
Gisaient les ombres d'un écriteau bleu satin.
Sur la blanche faïence on distinguait ainsi
L'emblème et le doux nom du Métropolitain.
On pouvait entrevoir au-delà d'une grille
En fer forgé ou en acier trempé, qu'importe,
Des tickets multicolores comme des billes,
Voletant dans le vent comme des feuilles mortes.
Au bord de la chaussée limitée à cinquante,
Un clochard s'était mis à l'abri du froid,
Ronflant sous un tissu qui lui servait de tente
Et avec lui son chien qui crevait dans ses bras.
La concierge d'un bâtiment avoisinant
Avait sorti plusieurs poubelles métalliques
Desquelles s'exhalaient des parfums répugnants
Et d'où s'envolaient des nuées de sacs plastiques.
Lever de soleil sur le toit des grands immeubles ;
Paris s'éveille et la station de métro rouvre.
Sur le trottoir : deux cadavres et des vieux meubles,
De l'asphalte abîmé que l'eau souillée recouvre.
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04 janvier 2009
Monsieur Tout-le-monde

Il était un homme
Souffrant d'une phobie
Qui ne concernait ni les fantômes
Ni les souris.
Son plus grand effroi
Était d'être différent,
D'être montré du doigt
Par les intolérants.
Il voulait à tout prix
Faire partie des majorités
Pour ne pas être pris
Pour un excité.
Il pensait comme les autres,
Vivait comme vous et moi,
Était toujours "des nôtres"
Et adorait le Roi.
Un matin, en lisant
Une revue scientifique,
Notre homme bien-pensant
Lut une chose dramatique :
"Depuis que l'humanité existe,
Cent milliards d'humains ont péri,
Tandis qu'aujourd'hui ne subsistent
Que six milliards de gens en vie."
"Non ! Crénom !" cria l'homme,
Qui refusant d'être d'une telle minorité
Saisit son vieux magnum
Et rejoignit le clan des suicidés.
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Inceste Animal
Guenon, ma guenon,
Je t'aime comme ma fille.
Demain nous ferons
Toi guenon moi gorille.
Tes yeux pleins d'innocence
S'ouvriront bien grands
Pour développer tes sens
A chaque mouvement.
Guenon, ma guenon,
Dans ton anatomie humaine
Je serai l'homme-canon
Et toi la femme-hymen.
Je frôlerai de ma main
Les composants de ton pelage
Pour ouvrir le chemin
A mes instruments volages.
Guenon, ma guenon,
Sans gémissement en somme
Tu verras qu'il est bon
D'être proche de l'Homme.
Toi qui n'as connu
Ces plaisirs naturels
Demain me verras nu
Moi singe et toi pucelle.
Guenon, ma guenon,
Tes mains d'enfant agile
Un instant glisseront
Vers ta proie si fragile.
Toi qui pourrais brusquement
Me briser le squelette
Reste sage et moi prudent
Que notre joie soit complète.
SHAD ©
28 décembre 2008
Mourir Comment

Mourir un lundi
Comme le début d'autre chose
Mourir sous la pluie
Pour faire éclore les roses
Mourir en hiver,
En osmose avec le froid
Mourir solitaire
Pour n'abandonner que soi.
Mourir en Mercedes
Au milieu des beaux quartiers
Mourir en princesse
Pour préserver sa beauté
Mourir dans la rue
Sous le regard des passants
Mourir le corps nu
Pour n'y laisser que son sang.
Mourir avant l'heure
Se montrer extravagant
Mourir comme on meurt
Pour complaire à un parent.
Mourir en bohème
Et rire encore de tout
Écrire un poème
Pour ne pas mourir du tout.
SHAD ©




